En Grèce, polémiques sur un projet de loi criminalisant les « fake news »

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Les syndicats de journalistes dénoncent des risques de sanctions abusives pour les journalistes reconnus coupables de publication de « fausses informations ».

Par Marina Rafenberg(Athènes, correspondance)

Publié hier 15-10-2021, Le Monde

A Athènes, le 10 avril 2021. LOUISA GOULIAMAKI / AFP

En Grèce, les journalistes reconnus coupables de diffuser « de fausses informations susceptibles de susciter l’inquiétude ou la crainte du public ou de saper sa confiance dans l’économie nationale, la capacité de défense du pays ou la santé publique » pourraient bientôt être sanctionnés par des amendes et même des peines d’emprisonnement d’au moins six mois. L’éditeur ou le propriétaire du média responsable serait également passible de peines de prison et de sanctions financières.

Le ministère grec de la justice a présenté cet amendement dans le cadre de la réforme du code civil qui doit être voté dans les prochains jours au Parlement. Mais le texte suscite l’indignation des syndicats des journalistes grecs et européens, qui appellent le gouvernement à le retirer. L’Union des rédacteurs grecs (Esiea) souligne que « l’amendement ne contient pas de définition claire des fausses informations. La façon dont le terme est défini est ambiguë, et pourrait permettre de sanctionner de manière abusive les journalistes ». Le mécanisme européen de surveillance des violations de la liberté de la presse en Europe, le Media Freedom Rapid Response (MFRR), estime de son côté que « les sanctions prévues par le projet de loi porteraient atteinte à la liberté de la presse et aurait un effet néfaste à un moment où le journalisme indépendant est déjà sous pression en Grèce ».

« Les journalistes grecs sont déjà fréquemment menacés de poursuites abusives et de peines de prison pour diffamation pénale, explique Pavol Szalai, responsable du bureau UE-Balkans de Reporters sans frontières (RSF). Cet amendement ne ferait qu’augmenter le risque que les journalistes soient poursuivis et emprisonnés. »

« Le 4e plus mauvais pays de l’UE pour la liberté de la presse »

Pendant la pandémie, des tentatives similaires de criminaliser la diffusion de « fake news » ont été tentées en Roumanie et en Bulgarie, mais les projets de loi ont été abandonnés après de vives critiques des institutions européennes. Le seul pays à être allé jusqu’au bout est la Hongrie. « A l’heure actuelle, la Grèce est le 4e plus maivais pays de l’Union européenne dans le classement mondial sur la liberté de la presse de RSF, derrière Malte, la Hongrie et la Bulgarie. Elle a perdu cinq places depuis l’année dernière », rappelle Pavol Szalai.

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Il y a six mois, le journaliste de la chaîne de télévision Star, Giorgos Karaivaz, qui effectuait des reportages sur la mafia et le crime organisé à Athènes, a été abattu devant son domicile en plein jour. RSF a appelé les autorités grecques à tout mettre en œuvre pour résoudre l’affaire rapidement, ne voyant pas l’enquête aboutir. « Lorsque le journaliste Peter R. de Vries a été assassiné aux Pays-Bas, les auteurs présumés ont été appréhendés le jour même et le gouvernement a rapidement pris de nouvelles mesures pour protéger la liberté de la presse. Cela n’a pas été le cas en Grèce », déplore Pavol Szalai.

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En février, la chaîne de télévision publique ERT avait reçu l’ordre du cabinet du premier ministre de ne pas diffuser de vidéo montrant que le premier ministre ne respectait pas les règles de distanciation sociale lors d’une visite sur une île. Plus récemment c’est un reportage sur les nouveaux camps « fermés » sur les îles grecques qui a été édulcoré, selon RSF. Pour Pavol Szalai, « comme en Hongrie ou en Serbie, les autorités grecques ont voulu se servir de la crise du coronavirus pour tenter de contrôler l’activité journalistique ».

Marina Rafenberg(Athènes, correspondance)

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/10/15/en-grece-polemiques-sur-un-projet-de-loi-criminalisant-les-fake-news_6098568_3210.html

 

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