Vlora Hyseni a été suspendue de ses fonctions. Elle est soupçonnée d’avoir divulgué des informations confidentielles et d’avoir contribué à protéger des suspects.
La cheffe des services de renseignement albanais, Vlora Hyseni, s’est rendue aux autorités mardi 22 septembre, après l’émission d’un mandat d’arrêt par le parquet spécial contre la corruption et le crime organisé (SPAK). Elle a été suspendue de ses fonctions et assignée à résidence dans le cadre d’une enquête pour corruption. L’ancien chef de la police d’Etat, Ilir Proda, révoqué plus tôt cette année, a également comparu mardi pour la même affaire et son domicile a été perquisitionné, a précisé le parquet anticorruption dans un communiqué.
Cette affaire est un nouveau revers pour le gouvernement du premier ministre socialiste, Edi Rama, déjà ébranlé par plusieurs enquêtes pour corruption visant de hauts responsables. Si l’implication de Vlora Hyseni était confirmée, il s’agirait « de la plus grave crise en matière de sécurité nationale dans l’histoire du pays », selon le média Balkan Insight.
Vlora Hyseni dirigeait depuis 2023 le service de renseignement de l’Etat albanais (SHISH), la plus importante institution chargée de la sécurité nationale. Elle est soupçonnée d’avoir divulgué des informations confidentielles dans le scandale de corruption lié à l’Agence nationale pour la société de l’information (AKSHI). Cette agence coordonne le développement des systèmes d’information de l’Etat, les procédures de numérisation, et administre le portail des services publics de l’Etat, e-Albania. Les sommes en jeu sont colossales : 19 procédures examinées par le parquet anticorruption représentaient à elles seules une valeur totale estimée à 5,9 milliards de leks, soit environ 60 millions d’euros.
Selon les éléments publiés dans la presse albanaise, les soupçons concernant Vlora Hyseni sont liés notamment à Ergys Agasi, ancien haut responsable au ministère de l’environnement. Celui-ci est suspecté d’avoir constitué un groupe criminel afin de manipuler des appels d’offres à l’AKSHI, et d’avoir eu recours à des méthodes violentes. La cheffe des services de renseignement albanais est soupçonnée d’avoir communiqué des informations secrètes ou confidentielles dans ce contexte et d’avoir contribué à protéger certains suspects. Le SPAK n’a pas précisé publiquement quelles informations Vlora Hyseni aurait divulguées ni qui elle est supposée avoir aidé.
Le pays est candidat à l’UE
Le premier ministre a réagi, mardi, depuis New York, où il assiste à l’Assemblée générale de l’ONU. « Chacun est présumé innocent jusqu’au verdict final, mais nul n’est au-dessus des lois, en aucune circonstance ni pour aucune raison », a écrit Edi Rama sur X, ajoutant que la cheffe des services de renseignement était « relevée de ses fonctions » avec effet « immédiat ». Il a défendu son gouvernement, affirmant que les actions judiciaires ne devaient pas être instrumentalisées par ses adversaires à des fins politiques, et ajouté qu’à son retour à Tirana, la capitale albanaise, il consulterait le président afin de choisir un nouveau directeur pour les services de renseignement.
Avant d’être nommée à la tête du service de renseignement, Vlora Hyseni a été conseillère à la sécurité nationale d’Edi Rama pendant deux ans. Auparavant, elle était directrice adjointe de l’Agence de renseignement du Kosovo, dont elle a été limogée en juin 2021 par la présidente de ce pays, Vjosa Osmani, et le premier ministre, Albin Kurti. Sa nomination à la tête du SHISH en 2023 a suscité la controverse en raison de sa citoyenneté kosovare et des raisons jugées floues de son limogeage de la principale institution de sécurité du Kosovo – aucune raison n’avait été rendue publique.
Des responsables de l’Union européenne (UE) ont déclaré à Reuters qu’ils examinaient de près la gestion des affaires de corruption par Edi Rama, et que la lutte de l’Albanie contre la criminalité et la corruption était essentielle pour que ce pays des Balkans puisse rejoindre le bloc d’ici 2030.
Candidate à l’UE depuis 2014, l’Albanie a officiellement ouvert les négociations d’adhésion en 2022 et accéléré le processus ces dernières années. Mais la corruption et l’emprise du crime organisé restent parmi les principaux obstacles à son intégration européenne. La création, en 2019, du parquet spécial anticorruption, à l’origine de l’enquête visant Vlora Hyseni, constitue l’une des pièces maîtresses de cette réforme judiciaire soutenue par Bruxelles.


