Le premier ministre Sébastien Lecornu a demandé que les cours reprennent « partout » où les conditions de sécurité le permettent, dans une « feuille de route » adressée dimanche à plusieurs de ses ministres face à la mobilisation lycéenne.
Le ministre de l’éducation nationale, Edouard Geffray, a estimé, dimanche 4 octobre, qu’entre « 400 et 500 » lycées comptaient suspendre des cours lundi, soit un niveau similaire à celui constaté pendant la journée de vendredi, après plusieurs jours de mobilisation des élèves contre le gouvernement.
« Il y en avait entre 400 et 500 qui ont suspendu les cours » vendredi, et « il y en aura probablement autant lundi, mais avec une reprise partielle des cours, progressive », a précisé M. Geffray sur France 2 et France Inter, déplorant par ailleurs « 78 personnels » de l’éducation nationale blessés « depuis le début des événements » et 24 établissements « incendiés ou saccagés ». Les fermetures interviennent lorsque « les conditions de sécurité ne sont pas remplies », soit pour des raisons matérielles, soit parce que des personnels « ont été directement visés », a expliqué le ministre.
Le chef du gouvernement demande notamment le lancement dans chaque académie dès cette semaine d’un « traitement prioritaire du remplacement des absences longues et des postes non pourvus », avec un premier bilan attendu le 16 octobre. Il convoque également une réunion mardi avec les présidents de région sur la rénovation des établissements scolaires et réclame à ses ministres de premières propositions d’améliorations de Parcoursup d’ici à la fin octobre.
Un « acte III » mardi
En Ile-de-France, plus d’un tiers des lycées seront fermés lundi, soit plus de 160 établissements, a annoncé dimanche Valérie Pécresse sur Franceinfo. La présidente (Les Républicains) de la région a déploré une « logique d’émeute urbaine » qui se substitue, selon elle, « à la logique de revendications, qui sont légitimes ». La région se portera « partie civile dans chaque procès de casseur », a par ailleurs promis Valérie Pécresse, rappelant que les dégâts dans la région étaient estimés en fin de semaine à 7 millions d’euros.
Commencé le 17 septembre en Ile-de-France, le mouvement de protestation et de blocus des lycéens s’est progressivement étendu à de nombreuses villes de France. Les lycéens mobilisés revendiquent plus de moyens humains et financiers pour l’éducation nationale, se plaignent de la pression de Parcoursup, de professeurs non remplacés, de bâtiments délabrés ou encore d’emplois du temps trop chargés.
Les organisations lycéennes ont appelé, vendredi, à poursuivre le mouvement et donnent rendez-vous pour un « acte III » mardi 6 octobre. A l’issue de leur rencontre avec le ministre, elles ont regretté l’absence de « mesures concrètes ». Une intersyndicale de l’éducation ainsi que des organisations étudiantes appellent également à cette journée, notamment par la grève.
La semaine dernière, plusieurs organisations, dont le Syndicat de la magistrature (SDM), la CGT ou la Ligue des droits de l’homme, avaient accusé le gouvernement et les forces de l’ordre de « réprimer » la jeunesse avec des moyens « disproportionnés », face à la grande « vulnérabilité » des manifestants, « essentiellement des enfants », soulignait le SDM.
« Les forces de l’ordre de la République ne répriment pas la jeunesse, mais protègent et encadrent les élèves et étudiants qui veulent porter pacifiquement leurs revendications », a répondu dimanche sur X le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez. « Elles interviennent en revanche avec fermeté et sans délai pour faire cesser les dégradations, violences, exactions commises par les fauteurs de troubles », s’est-il défendu.
Interrogé, dimanche, face à M. Geffray sur France 2 et France Inter, le député LFI des Bouches-du-Rhône, Manuel Bombard, a également critiqué la stratégie du gouvernement : « Quand il y a une colère lycéenne qui est légitime, quand il y a des revendications qui sont légitimes, on n’y répond pas en envoyant des forces de l’ordre, on y répond par le dialogue, le débat (…) Pourquoi vous restez sur une vision qui est seulement répressive de cette situation ? », a-t-il demandé au ministre.
La politique de maintien de l’ordre « n’est pas adaptée », a également estimé dimanche sur BFM-TV Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, annonçant la présence des militants communistes mardi aux côtés des manifestants pour « pour aider les organisations syndicales à sécuriser leur parcours, à éviter les débordements, la violence… »
M. Geffray a promis, en fin de semaine, des mesures sur les remplacements et les rythmes scolaires. Reconnaissant que les lycéens sont « souvent consultés, mais pas souvent entendus », le ministre a annoncé dès la semaine prochaine un plan pour « accélérer le remplacement des professeurs ». Il lance également des travaux sur les rythmes scolaires, les effectifs, le bâti et la démocratie lycéenne.


